Les groupes rock

Rejeton du blues noir américain, le rock, né dans les années 1950, a touché le public blanc, grâce à la diffusion du disque microsillon, notamment du 45 tours, et à l’augmentation considérable de l’écoute radiophonique due à l’invention du transistor. Le rock a aujourd’hui conquis le monde entier, essaimé dans toutes les langues, subi de nombreux avatars et créé sa propre culture.

 

Musique fondée sur un rythme binaire sans improvisation et apparue sous le nom de rock and roll dans les années 1950.

 

En 1951, Alan Freed, animateur du programme radio Moondog’s Rock’n Roll Party, nomme rock and roll un genre de musique populaire marqué par l’usage d’un rythme scandé et d’instruments nouveaux (guitare électrique, batterie) qui tranchait avec la production courante d’alors.

 

Origines

 

Le rock’n roll est né dans le milieu des Blancs formés aux accents du blues et du rhythm and blues noirs (Jay McShann, Louis Jordan), et a pu se déployer facilement dans un monde américain encore fortement ségrégationniste et peu enclin à accepter des vedettes noires. Pourtant, on peut soutenir sans conteste que ses origines sont noires. Les termes rock and roll (littéralement  » se balancer et rouler « ), qui avaient initialement un sens érotique équivoque, étaient d’ailleurs employés fréquemment dans les blues noirs d’avant-guerre pour désigner les mouvements des danseurs. En 1955, Bill Haley (1927-1981) compose la bande originale du film Graine de violence (Blackboard Jungle). C’est un triomphe. Le film, qui traite de l’adolescence en révolte, obtient un franc succès chez les jeunes. La musique (Rock Around the Clock) et la danse, qui reprennent toutes deux des aspects du boogie-woogie, déclenchent une mode dont on retient les accents syncopés, mais non swingués. Le succès est rapide, car il répond à une demande des jeunes, lassés de la production de chansons classiques et désireux d’affirmer leur propre identité face aux générations de la Seconde Guerre mondiale. Leurs idoles sont Gene Vincent (1935-1971), auteur en 1956 à Nashville (Tennessee), du célèbre Be Bop A Lula, qui sera repris dans le monde entier, et un jeune livreur de Memphis, (Tennessee), qui commencera une carrière fabuleuse : Elvis Presley (1935-1977). C’est l’âge d’or de la guitare électrique. La mode du rock comprend alors la musique et la danse, mais aussi les vêtements (avec les blousons de cuir et les blue-jeans), les coiffures ( » banane « ), les attitudes des chanteurs (mouvements de hanches jugés choquants par les aînés), les excès du public (bris de fauteuils). Les rockers noirs font alors leur apparition (Chuck Berry, Fats Domino, Little Richard) et concurrencent sérieusement leurs homologues blancs (Gene Vincent), avant de se faire progressivement évincer par le show-business. Les recettes gigantesques du rock amènent sur scène des rockers de plus en plus édulcorés comme Pat Boone et Elvis Presley lui aussi), qui dérivent vers la chanson sentimentale, le rockabilly ou la musique country.

 

Dès le début des années 1960, on peut schématiquement diviser le rock en deux courants distincts : le rock  » pour « , c’est-à-dire conforme à ce qu’en attend la majorité du public (c’est celui des Beatles, qui travaillent les mélodies, tendent à rendre le jeu plus sophistiqué en introduisant des instruments inattendus et étranges) et le rock  » contre « , provocateur, rebelle, révolté, celui des Rolling Stones. Cette distinction est, en partie, une vue de l’esprit, beaucoup de groupes franchissant la frontière, mais elle aide toutefois la compréhension. Le rock des Beatles aura pour successeurs le  » rock progressif  » et la  » variété rock « , alors que celui des Rolling Stones glissera vers le  » hard rock  » et ses nombreux avatars.

 

Le rock  » pour  »

 

Ce rock, qui ne conteste pas violemment la société, a donc pour principale mouvance la soul, le rock progressif et la variété rock. Venant du monde américain noir, aux frontières du jazz, la musique soul fait son apparition dès les années 1960 avec des chanteurs comme Ray Charles, Stevie Wonder, Otis Redding, Aretha Franklin. La soul elle-même s’apparente à la  » variété-rock  » (Wilson Pickett, Al Green, Marvin Gaye, Terence Trent d’Arby). Des vedettes comme James Brown, Michael Jackson ou Prince, réunissant des millions de fans dans le monde entier, ont beaucoup fait pour la promotion du rock. Sous l’étiquette rock progressif, on classe des groupes qui tentent, à partir des années 1970, des recherches sonores, en particulier grâce aux innovations techniques des instruments et des matériels de sonorisation (guitare, synthétiseur). Apparaissent ainsi les musiques répétitives,  » planantes  » ou incantatoires de Magma, de Tangerine Dream, de Kraftwerk, de Frank Zappa, de Soft Machine ou des Pink Floyd. Des jazzmen de grande envergure (Herbie Hancock, Wayne Shorter) viennent alors régulièrement jouer avec les rockers, notamment en Angleterre. Par exemple Robert Wyatt, batteur de rock, enregistre le disque Rock Bottom. Apparaît ainsi le jazz rock, qui conjugue la violence du rock et la subtilité et la virtuosité du jazz (les groupes Weather Report, Mahavishnu Orchestra, les guitaristes John McLaughlin, Pat Metheny, le violoniste Jean-Luc Ponty et le trompettiste Miles Davis). À l’inverse, on trouve aussi des rockers qui se mettent à jouer du jazz (Lounge Lizards).

 

Une autre branche du rock trouve un public friand de musiques exemptes de l’agressivité originelle du rock, davantage dans la norme de la chanson américaine classique. C’est la  » variété rock « , une appellation fourre-tout. D’Elton John à Murray Head, de Michael Jacksonà Madonna, des Bee Gees à Donna Summer, en passant par Simon and Garfunkel, John Oates, Paul McCartney, toute la musique populaire américaine est dominée par ce type de rock, qui rencontre l’adhésion d’un vaste public.

 

Le rock  » contre  »

 

On trouve dans cette catégorie le  » rock revival « , le  » hard rock  » et le  » country rock « .

 

En mélangeant le blues revival, ou  » blues aux yeux bleus  » (John Mayall et les Animals d’Eric Burdon) avec le rock revival (retour au rythm’n blues des origines), les Rolling Stones redonnent un coup de fouet à un rock qui a tendance à s’endormir. Dans leur sillage, apparaîtra le hard rock (à la fin des années 1960), avec les Cream, Deep Purple, Led Zeppelin, ou encore le guitariste Jimi Hendrix (1946-1970). Le jeu paroxystique des guitares, les paroles très agressives, les costumes (cuir, chaînes) caractérisent ce hard rock, qui évoluera en heavy metal (guitares saturées de Black Sabbath, 1970), en speed metal (jeu plus rapide de Motorhead, 1977), en trash metal (riffs saccadés des groupes Exodus ou Megadeath, 1980), en death metal (très violent, comme Morbid Angel, 1985), ou encore en hardcore (Ministry, 1990).

 

Le country rock, très différent des précédents, s’y rattache par son côtéprotest song. Bâti à partir de la musique country, avec des textes souvent poétiques, c’est un courant pacifiste et engagé contre la guerre du Viêt Nam, illustré au départ par les grandes figures de Bob Dylan et de Leonard Cohen. Ses héritiers sont Van Morrison, Neil Young, Dire Straits.

 

Jimi Hendrix, Jim Morrison, le chanteur des Doors, John Lennon, Janis Joplin, toutes ces légendes s’en sont allées, mais le rock continue.

 

Il a évolué en mêlant les styles et les influences. C’est le cas de Peter Gabriel, qui a évolué vers la world music, de Tom Waits, vers une chanson plus poétique. Prince, Sting, David Bowie. Des groupes anglais (Who, Status Quo, Iron Maiden), américains (Alice Cooper, Guns n’Roses), australiens (AC/DC) ont remplacé les anciens groupes anglais (John Mayall, Procol Harum, Fleetwood Mac), américains (Creedence Clearwater Revival, Velvet Underground, Doors, Beach Boys, Santana). Yes, Genesis, Supertramp ont pris la suite des Beatles. Le mouvement punk, avec des groupes comme les Sex Pistols, est devenu très marginal mais il a été renouvelé dans les années 1990 par des groupes comme Nirvana, Rage against the Machine. Malgré une mort régulièrement annoncée, le rock tente de se renouveler en puisant dans sa propre histoire (Blur, Oasis) ou dans les musiques d’autres cultures.

 

Le rock en France

 

En 1958, le premier rock en français D’où viens-tu, Billy Boy ?,écrit par Boris Vian, est chanté par Danyel Gérard. Mais c’est Souvenirs, souvenirs, chanté par Johnny Hallyday, qui donne le vrai signal du départ. La structure très simple du rock (douze mesures, rythme binaire sans improvisations, trois accords fondamentaux) séduit de nombreux jeunes artistes, qui se lancent dans la brèche que ce nouveau genre ouvre dans le monde de la chanson. En dépit de quelques personnalités exceptionnelles (Eddy Mitchell), le rock français est très vite récupéré par le  » show-biz « , qui produit le yéyé, qu’on peut difficilement confondre avec le rock. Mis à part quelques réussites, le rock français allie des paroles affligeantes à des musiques souvent indigentes et parvient à faire vendre des quantités de disques avec la complicité des médias. Pourtant, aucun rock français n’obtient de succès à l’étranger (si ce n’est le groupe Téléphone, qui, dans les années 1980, obtient un succès d’estime) et on est bien obligé de constater que le rock français, à quelques exceptions près (Trust), n’avait guère les moyens techniques et artistiques de concurrencer les productions anglo-américaines. Un nouveau départ lui est toutefois donné, à la fin des années 1980, avec le rock alternatif, distribué par des petits labels, qui imposent des groupes mêlant les influences musicales et sachant parfois faire la part belle à l’autodérision (Mano Negra, Négresses vertes, Garçons Bouchers).

 

La culture rock est née des préoccupations d’une génération : celle qui était trop jeune pour avoir participé à la Seconde Guerre mondiale. Avec ses propres soucis (guerres du Viêt Nam ou d’Algérie), ses propres intérêts, cette génération a concrétisé le rêve d’émancipation de la jeunesse. Un certain sens de la révolte et de la liberté, un rejet du puritanisme, une certaine autodérision sont les principales caractéristiques d’un mouvement multiple, qui, au-delà des outrances qu’il aime véhiculer, a contribué à modifier considérablement le mode de pensée traditionnel et les valeurs de la société. Désormais, le rock s’inspire des mouvements qu’il a engendrés (rap, disco, etc.) et hésite entre révolte, recherches musicales et succès commerciaux.