Groupes et orchestres de jazz et de blues

Jazz – Histoire

Le jazz est l’aboutissement d’un processus d’évolution de la musique afro-américaine, qui intègre certaines techniques de la musique européenne aux éléments issus de la musique des esclaves africains déportés : works songs et negro spirituals d’une part ; brass bands et ragtime d’autre part. Les caractéristiques stylistiques, qui donnent au jazz son identité, émergent progressivement depuis la fin du XIXe siècle, essentiellement avec les minstrels ( » ménestrels « ), orchestres plus ou moins importants composés de cuivres et parfois de cordes qui jouent une musique syncopée, et avec les pianistes de ragtime. Ces caractéristiques se sont codifiées progressivement au début des années 1920 dans les différents centres régionaux ou locaux où se développe le jazz. Rapidement, sa codification atteint un équilibre de perfection classique dans les deux grandes métropoles économiques des États-Unis, New York et Chicago, et dans l’un des grands centres agricoles, Kansas City.

 

 

Blues

  1. m. Genre musical afro-américain, dont les évolutions multiples aboutiront au jazz et au rock.

 

Sa définition formelle est aisée : une structure harmonique invariable sur un rythme souvent lent à quatre temps.  » C’est le schéma régulier à 12 mesures et vous brodez là-dessus « , expliquait le bluesman T-Bone Walker (1910-1975). Le blues signifie également un état d’esprit que l’on traduit imparfaitement par mélancolie, cafard ou, mieux, spleen.  » Aucun homme blanc n’a jamais eu le blues « , affirmait Leadbelly (1885-1949), l’un des pionniers de ce genre né d’une expérience qu’un Américain blanc, n’ayant pas d’ancêtre esclave, n’ayant pas subi le racisme du Sud ou connu les ghettos du Nord, ne peut avoir.

 

Origine et influence

 

Les origines du blues remontent à l’arrivée des esclaves noirs sur les côtes de Virginie, au début de XVIIIe siècle. Pour tout bagage, ils apportent leur culture orale (qui associe musique, chant et danse) et quelques instruments : tambour, balafon (xylophone africain) et banjar (ancêtre du banjo). Les grands propriétaires voient d’un mauvais œil les danses, jugées lascives, et interdisent les tambours, suspectés de servir à lancer des messages. En revanche,  » un noir qui chante est un bon noir « , ont-ils coutume de dire. Cela donne du cœur à l’ouvrage et les esclaves sont plus productifs. Ceux-ci inventent les worksongs et les field hollers, mélopées rythmant leurs travaux.

 

La musique occidentale constitue une seconde influence. Les esclaves s’approprient le violon et les genres musicaux des colons européens (polkas, mazurkas, valses). Il y ajoutent leurs banjos et leurs percussions. Les minstrels, interprètes de ce métissage musical, obtiennent au milieu du XIXe siècle un certain succès auprès du public noir et blanc. Mais, outre le folklore, c’est essentiellement le choral religieux qui influera sur le blues.

 

Les temples protestants représentent les seuls lieux de rencontre des communautés noires. Elles y bénéficient d’une liberté de parole au cours des offices. C’est la naissance des spirituals, qui poursuivent la coutume africaine du call and response, dialogue entre les questions du récitant et les réponses de l’auditoire. De ces apports multiples émerge peu à peu le blues. Les historiens de la musique situent approximativement son apparition entre 1865 et 1870, lors de l’abolition de l’esclavage, après la guerre de Sécession.

 

Comme le griot africain, le bluesman évoque sous forme de chroniques la vie quotidienne. Il raconte l’amour, le racisme, la religion, la prison, le travail fastidieux… Ces sujets sont abordés sous l’angle émotionnel, souvent avec mélancolie, mais parfois aussi avec humour. Par son réalisme constant, le blues a de tout temps manifesté son engagement, notamment sur le plan social, avant la chanson occidentale, qui l’exprime à travers les protest songs des années 1960. En général, le bluesman joue d’un instrument, souvent une guitare ou un harmonica. Cet accompagnement fait fonction d’interlocuteur : il souligne, ponctue ou anticipe les paroles selon le procédé de call and response. Comme la musique, le texte est susceptible de modification et d’improvisation.

 

Géographie du blues

 

À l’origine, le blues est implanté dans les régions de peuplement afro-américain, dans le Sud rural des États-Unis. Il suivra ensuite le peuple noir dans ses migrations vers les zones urbanisées du Nord. Avant d’essaimer sur l’ensemble du territoire nord-américain, il est parti du delta du Mississippi. Là, il conserve sa forme la plus traditionnelle. Un grand nombre de figures emblématiques sont originaires de cette région : les pionniers Charley Patton (1887-1934), Big Joe Williams (1903-1982) et des légendes vivantes comme B.B. King (né en 1925).

 

Au début du siècle, le blues se développe dans d’autres parties du Sud. Là où il s’implante, il prend des formes spécifiques. Ainsi, en Louisiane, l’accordéoniste Clifton Chenier (1925-1987) lui donne des accents de la culture cajun, héritée des colons français. Le Texas fournit un important contingent d’excellents musiciens : Blind Lemon Jefferson (1897-1930), Leadbelly, T. Bone Walker. Enfin, deux villes, Saint Louis dans le Missouri et Memphis dans le Tennessee, constituent deux creusets importants du blues. Entre les deux guerres mondiales, celui-ci obtient de plus en plus de succès, notamment grâce à la naissance de l’industrie du disque et à l’essor de la radio. Ainsi, Crazy Blues de Mamma Smith est le premier blues enregistré (le 14 février 1920 à New York). Cette audience sur l’ensemble du territoire est due au départ massif des Noirs vers les zones industrielles du Nord. Chicago, qui dispose de studios d’enregistrement et de radio, en devient le principal centre de création. Le blues connaît son apogée au début des années 1930, avant d’être supplanté par le jazz. Le Saint Louis Blues (1925) de Bessie Smith (1895-1937), accompagnée par Louis Armstrong, en marque la transition.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, Chicago demeure la capitale du blues avec des interprètes comme Muddy Waters (1915-1973), Willie Dixon (1915-1992), Otis Spann (1931-1970) et Howlin Wolf (1910-1976). En supplantant ces artistes, de jeunes musiciens blancs, tels que les Rolling Stones, Elvis Presley ou Janis Joplin, inventent le rock’n roll. Désormais, l’art de B.B. King, de John Lee Hooker ou de Buddy Guy, prouve que le blues est toujours bien vivant

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