La fosse du Boulonnais :
Le Boulonnais est une enclave creusée par affouillement dans la carapace de craie.
Interrompu par la brèche du détroit, il se continue entre les North et South Downs, dans le Weald anglais.
On en gravit lentement les bords par les rampes uniformes et pelées, qu signalent au sud de grandes fabriques de ciment : tout à coup un paysage se découvre, verdoyant, accidenté, entièrement différent du bourrelet crayeux qui l'enveloppe.
C'est que la venue au jour de couches plus variées et généralement plus tendres a permis au travail des eaux de sculpter inégalement la surface, de créer un modèle où la diversité des affleurements se traduit par de fréquents niveaux de sources.
Bois et prairies se remplacent tour à tour, des rivières courent avec rapidité sur des lits pierreux, des haies vives, où le houx se mêle souvent à l'aubépine et aux saules, encadrent de petits chemins, tandis qu'un peu partout, mais de préférence sur les hauteurs, s'éparpillent des maisons longues et basses dont les fenêtres se décorent de fleurs, et qui revendiquent chacune leur parcelle de vergers, de près ou de champs.
Quelques roches plus dures, d'âge jurassique sont demeurés sur saillies et forment près de Boulogne, le Mont Lambert ou les falaises calcaires du Gris-nez.
Mais au nord de Marquise, l'intensité du bombement a été poussée à tel point que ce sont les roches primaires elles mêmes qui apapraissent : les mêmes schistes, les marbres qui depuis l'ardenne semblaient définitivement enfouis dans les profondeurs.
On a, dans une échapée subite, sur la croupe nue et battue des vents qui domine les carrières de Marquise, la brusque et courte vision des landes, pâtis et ajoncs.
Quelques pas de plus, et vers Landrethun on atteint de nouveau la crête du bourrelet crayeux.
De là, une vue immense se découvre.
C'est le pays plat qui descend et fuit vers Calais et qui, par delà les forêts assombrissant les abords de Guînes, se perd au loin jusqu'à la bande grise de la mer du nord.
Le spectacle n'est pas sans grandeur.
Le Boulonnais est le paradis de l'élevage : autrefois élevage chevalin d'une race splendide de bêtes de trait pommelées, fortes mais souples et fines d'allure, maintenant de vaches laitières, parmi lesquelles la française frisonne tachée de noir s'impose.
Quand au mouton, autrefois le roi des collines périphériques, il n'y subsiste plus qu'exceptionnellement.
Le milieu naturel très contraignant pour le "petit Boulonnais" ou pays de Licques, comme pour la "fosse" a doté ses habitants d'un particularisme local vivace, sensible encore dans les rapports